La taxe foncière payée par les propriétaires en 2024 augmente mécaniquement de 3,9 % au minimum, par le seul effet de la revalorisation nationale des bases cadastrales indexée sur l’inflation. Ce plancher s’applique même dans les communes qui n’ont pas voté de hausse de taux. Comprendre d’où vient ce chiffre, et ce qui s’y ajoute selon le type de bien détenu, permet de mesurer l’évolution réelle de la facture fiscale locale.
Revalorisation des bases cadastrales : la mécanique derrière la hausse de taxe foncière
Chaque année, les valeurs locatives servant au calcul de la taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB) sont revalorisées par un coefficient fixé dans la loi de finances. Ce coefficient suit l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH).
Après une indexation de +7,1 % en 2023, le coefficient retombe à +3,9 % en 2024. La baisse relative est nette, mais elle reste une hausse en valeur absolue : la base sur laquelle s’applique le taux communal gonfle encore.
| Année | Revalorisation forfaitaire nationale |
|---|---|
| 2023 | +7,1 % |
| 2024 | +3,9 % |
| 2025 | +1,7 % |
| 2026 | +0,8 % |
La trajectoire descendante est parlante. Pour un propriétaire, l’effet cumulé depuis 2023 reste significatif, mais le rythme de progression ralentit fortement à partir de 2025. Ce ralentissement structurel change la donne par rapport aux années précédentes où l’inflation tirait mécaniquement les bases vers le haut.

Résidences secondaires et logements vacants : extension du périmètre fiscal en 2024
Les propriétaires de résidences principales ne sont pas les seuls concernés. L’année 2024 marque un élargissement géographique des taxes pesant sur les résidences secondaires et les logements vacants, conformément au décret du 25 août 2023.
Majoration de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires
Jusqu’ici réservée aux communes situées en zone tendue (environ 1 100 communes), la majoration de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires (THRS) peut désormais être votée par un nombre bien plus large de municipalités. Le taux de majoration peut atteindre 60 %.
Les données de l’iFRAP indiquent une hausse de la fiscalité directe frappant les résidences secondaires de +48,1 % entre 2018 et 2024. Cette évolution agrège la revalorisation des bases, les hausses de taux communaux et l’extension du périmètre de majoration.
Taxe sur les logements vacants (TLV)
La TLV suit la même logique d’extension territoriale. Des communes situées hors des anciennes zones tendues peuvent désormais l’appliquer. Les propriétaires de biens inoccupés depuis plus d’un an dans ces nouvelles zones doivent anticiper un prélèvement supplémentaire.
- Vérifier si la commune du bien figure dans la liste élargie des zones concernées (décret du 25 août 2023)
- Examiner si le conseil municipal a voté la majoration ou l’application de la TLV pour 2024
- Calculer l’impact combiné de la revalorisation des bases et du nouveau taux de majoration applicable
Suspension de la révision des éléments de confort : un surcoût reporté pour les propriétaires
Un sujet technique passe largement sous le radar des articles consacrés à la fiscalité 2024. La DGFiP avait prévu une mise à jour des éléments de confort (sanitaires, mode de chauffage, isolation) intégrés dans le calcul des valeurs locatives cadastrales. Cette opération devait toucher environ 7,4 millions de logements et entraîner une hausse moyenne estimée à 63 euros de taxe foncière par bien.
Cette révision a été officiellement suspendue. Pour les propriétaires concernés, le report signifie que la valeur locative de leur logement reste calculée sur des éléments de confort qui ne reflètent pas les travaux récents (installation d’une pompe à chaleur, rénovation de salle de bain, double vitrage). Le jour où cette mise à jour sera réactivée, la facture de taxe foncière pourrait augmenter sans aucune hausse de taux.
Concrètement, un propriétaire qui a rénové son logement ces dernières années a intérêt à surveiller le calendrier législatif. La suspension ne vaut pas suppression : la mesure reste inscrite dans le processus de révision des valeurs locatives.

Taxe foncière 2024 : écart entre la hausse nationale et les décisions communales
Le taux de revalorisation de 3,9 % constitue un socle. Chaque commune conserve la liberté de voter une hausse (ou un gel) de son propre taux de TFPB. En 2024, année d’élections municipales dans certains territoires, la tendance observée est plutôt au gel des taux votés par les conseils municipaux.
Ce gel ne protège pas contre la hausse. Un propriétaire dans une commune qui ne touche pas à son taux voit quand même sa taxe foncière progresser de 3,9 % du seul fait de la revalorisation nationale. Dans une commune qui augmente son taux en parallèle, les deux effets se cumulent.
- Hausse nationale (revalorisation des bases) : +3,9 % minimum en 2024
- Hausse locale (vote du taux communal) : variable, de 0 % à plusieurs points selon la commune
- Effet cumulé 2023-2024 : la base cadastrale a progressé de plus de 11 % en deux ans par la seule indexation
Pour les résidences principales, l’iFRAP relève que la facture moyenne n’est plus basse que de 5 % en 2024 par rapport à 2019, malgré la suppression totale de la taxe d’habitation intervenue en 2023. L’économie réalisée sur la taxe d’habitation a donc été en grande partie absorbée par la hausse de la taxe foncière sur la même période.
Le ralentissement attendu de la revalorisation en 2025 (+1,7 %) puis 2026 (+0,8 %) laisse entrevoir un plateau. La variable déterminante pour les prochaines années sera moins l’indexation nationale que les décisions locales de taux, et la date de réactivation de la révision des éléments de confort.

